L’entreprise démocratique ?

Je viens de voir une interview vidéo conduite par Richard Collin et publiée dans la bibliothèque NextModernity suite à la publication du livre de Michel Hervé “De la pyramide aux réseaux”. Je suis globalement en accord avec lui, sauf quand il associe entreprise et démocratie.

Lire l’article…

La question du jour est donc : “L’entreprise est-elle ou doit-elle être démocratique ? Et si oui, sera-t-elle plus performante que les autres ?”
Je copie et je colle ci-dessous le commentaire que j’ai fait sur le blog de NextModernity.

“Je n’ai pas lu ce livre, mais à travers le texte et la vidéo, voici mes réactions sur la notion d’entreprise démocratique.

Demos = le citoyen
Cratos = le gouvernement

La démocratie, c’est le gouvernement des citoyens qui décident ensemble à la majorité parce qu’ils détiennent le pouvoir collectivement. Une démocratie est par définition une démocratie directe. Mais pour des raisons pratiques, la démocratie directe est assez difficile à mettre en oeuvre. Aujourd’hui, la démocratie est donc représentative (quand le pouvoir est délégué à des élus) ou participative (démocratie représentative dans laquelle il existe des procédures de démocratie directe telles que le référendum d’initiative populaire (RIP), le budget participatif,…).

Dire qu’une entreprise est démocratique signifie donc que ce sont les salariés qui détiennent le pouvoir et qui décident collectivement (en direct ou par délégation). Or le pouvoir appartient aux actionnaires (aux propriétaires de l’entreprise), et non aux salariés. Ce sont les actionnaires qui délèguent à une direction le pouvoir de gérer l’entreprise et non les salariés. Et si les salairés sont parfois actionnaires de leur propre entreprise, ils sont rarement majoritaires.

On se retrouve donc une nouvelle fois dans la confusion classique entre “réflexion collective” et “décision collective” lorsqu’on aborde la question de l’entreprise 2.0 qu’on voudrait nous vendre comme démocratique. Ce n’est pas parce que le collectif a participé à la réflexion que cela induit mécaniquement la nécessité d’une décision collective.

En politique, comme dans les entreprises, les décisions collectives sont très rares et c’est une bonne chose. Il suffit de compter le nombre de référendums par rapport aux lois votées par les parlementaires.

Les décisions collectives sont sources de rigidité et de dilution des responsabilités. Le plus important n’est pas la décision (collective ou individuel), mais le processus qui conduit à la décision. Le but est de mobiliser les intelligences et les connaissances dans ce processus.

Parler d’entreprise démocratique est faux, sauf quand les salariés détiennent la majorité du capital. Dire que la démocratie (décision collective) est une source de performance est plus que contestable !”

Mon commentaire sur ce blog est rapide et synthétique. J’argumenterai plus en profondeur le sujet et mes positions si cela vous intéresse…

Mise à jour du 30 octobre 2007 :

La revue Sciences Humaines vient de publier dans son édition de novembre 2007 un dossier : “la démocratie aux portes de l’entreprise…“. Comme je ne l’ai pas encore lu, je vous invite à lire le billet de Gilles Martin :

http://gillesmartin.blogs.com/zone_franche/2007/10/toc-toc-qui-va-.html

Il semble qu’on considère les instances de représentation du personnel comme un élément de démocratie interne. Mais, il ne s’agit que de dialogue social… rien de plus et rien à voir avec la démocratie qui concerne l’exercice du pouvoir. Le dossier semble montrer que les salariés ne participent pas aux décisions sur la stratégie. C’est une très bonne chose que la stratégie soit décidée par le PDG tout SEUL. Par contre, il ferait une grosse erreur en ne mobilisant pas l’intelligence collective de son entreprise aussi bien en interne qu’en externe (celle de ses parties prenantes). Ce que j’appelle l’intelligence collective étendue !