Rypple : le 360° feed-back pour tous

Vous connaissez le 360° feed-back ? Il s’agit d’un processus d’évaluation des compétences piloté par l’entreprise à partir d’un référentiel de compétences défini par l’entreprise.  Cela peut servir pour détecter les hauts-potentiels ou pour évaluer les résultats sur le mode entretien annuel d’évaluation.

Rypple est un service proposant un système de feed-back auto-géré. Voici quelques textes extraits de leur site pour comprendre le système :

De quoi s’agit-il ?

Rypple is built on the belief that feedback leads to success. Some of  the best habits of successful people are built into Rypple. What are they? Frequent requests for honest, direct feedback; quick, regular 1-on-1 conversations; and real actions based on this feedback that leads to constant improvement…and success!

People use Rypple to ask for specific feedback on business and personal topics from the people they know (co-workers, clients, mentors, and friends).

Companies use Rypple to enhance their existing performance reviews and learn where their people can improve.

Comment ça fonctionne ?

The basic building block is a ‘Rypple’, a 200-character question that you want answered, and that Rypple sends to the people you specify (your ‘advisers’), who could be colleagues, clients, mentors and friends that you know.

Advisers receive an email containing your question, and can respond how and when they want. We made it easy for them to respond through features like Reply by Email.

Rypple is designed to keep responses anonymous, so your advisers feel safe providing honest, direct feedback (which can sometimes be difficult).

et en bonus une vidéo :

Les applications de ce service sont nombreuses : depuis le développement de sa performance professionnelle jusqu’au Personal Branding.

Quelques pistes de réflexion sur l’utilisation de Rypple pour un individu ou pour une entreprise :

– Sur le management de l’intelligence collective

L’évaluation d’une activité très intellectuelle (réflexion, partage de savoirs, création,…) est très difficile. Par exemple, sur quels critères évaluer ce que doit être le temps de rédaction d’un rapport XYZ ? Comment évaluer la qualité de ce rapport objectivement (sans que le contenu de l’évaluation varie trop fortement en fonction de la personnalité des évaluateurs) ? Face à ces questions, il semble que le système du 360° feed-back soit l’outil le plus adapté pour l’évaluation des activités à forte valeur ajoutée intellectuelle. Mais pour l’instant, on évalue de la même manière le traitement de 50 dossiers et la rédaction d’un rapport de 50 pages. Si compter jusqu’à 50 est à la portée de n’importe quel manager puisque c’est quantifiable, évaluer la qualité d’un rapport avec équité et objectivité est une tâche bien différente dans laquelle le collectif peut apporter une contribution intéressante.

Le 360° feed-back pose par ailleurs la question de l’évaluation de la contribution d’un collaborateur au collectif. On voit mal pourquoi un collaborateur contribuerait au collectif si on l’évalue uniquement sur ses objectifs individuels.

– Sur la gestion de sa marque personnelle (Personal Branding)

Ce mode d’évaluation joue un rôle important. Sur la partie  “Mieux vous connaître” de la démarche, il faut faire un travail d’introspection pour définir son identité professionnelle. Pour réussir cette partie, il est indispensable de solliciter le feed-back de son entourage social et professionnel. Il faut chercher de l’aide dans le collectif pour mesurer les différences entre notre perception de nous-mêmes et la perception des autres. Cette mesure est d’autant plus importante que la perception de la réalité par notre entourage est toujours plus forte que la réalité elle-même.

Sur la partie, ” Mieux vous faire connaître”, il est utile de recueillir du feed-back pour savoir si son profil, son blog et tous les éléments liées à sa marque personnelle sont ” on brand” ou “off brand”.

Est-ce que ce mode d’évaluation est humainement acceptable ?

Solliciter du feed-back est dangereux puisqu’on s’expose à un feed-back négatif et ce d’autant plus que Rypple permet l’anonymat. Quand une entreprise vous impose le 360° feed-back, vous jouez le jeu parce que vous ne voulez pas monter dans la prochaine charrette. Mais, si vous aviez le choix, est-ce que vous seriez l’initiateur d’une telle évaluation pour vous-même ? Est-ce qu’il n’est pas plus confortable de ne pas savoir ? de vivre dans l’illusion de la perfection ? de se protéger psychologiquement contre toute nouvelle agression extérieure (on doit déjà supporter celles qui ne sont pas sollicitées) ?

Rypple est promis à un grand avenir mais ce service n’est pas compatible avec toutes les personnalités. Il faut avoir un “self” fort, une grande confiance en soi, de l’ambition, l’envie de progresser pour devenir moteur de sa propre évaluation.

Sur la dimension marque personnelle, on pourrait aussi imaginer que ces feed-back servent à construire sa réputation professionnelle. Mais cela pose deux problèmes : (1) du fait de l’anonymat, on ne sait pas qui est l’auteur du feed-back. Or le poids d’un feed-back dépend de la réputation et du statut de la personne qui le donne ; (2) la réputation professionnelle se construit sur une logique de recommandation et non d’évaluation, il faudrait donc qu’on puisse publier uniquement les feed-back positifs.

Enfin, des dérives sont possibles. Les feed-back que je reçois sont ma propriété. Je les utilise pour progresser. Mais Rypple pourrait aller plus loin en permettant à l’entreprise d’utiliser ces feed-back comme un outil d’évaluation à 360°. Dans ce cas, il est fort probable que l’individu ne serait plus le moteur du système. On reviendra au top down, c’est-à-dire à un entretien annuel d’évaluation à la mode 360°. Rien de nouveau ! La force de Rypple aujourd’hui, c’est d’offrir un outil d’auto-évaluation pour ceux qui veulent progresser dans leur métier. Peut-il proposer le 2 en 1 sans perdre son âme ?

Merci à Dominique Turcq pour cette découverte et pour son “feed-back” constructif dans la phase de rédaction du billet . Dominique dirige le BOOSTZONE Institute – Un billet à suivre sur Boostzone.

Author: Olivier Zara

www.olivier-zara.com

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