Le mot “Chaos” que j’utilise dans la présentation du management paradoxal (considérer la lecture de ce billet comme un pré-requis avant de lire celui-ci) suscite beaucoup de réactions ! Il est perçu négativement par certaines personnes et pour d’autres personnes, il crée le sentiment positif de pouvoir aller de l’avant. Pris entre ceux qui veulent que je change le mot “Chaos” par autre chose et ceux qui ne veulent pas, ceux qui insistent et ceux qui changent d’avis, j’étais perdu. Alors, j’ai décidé de créer deux nouveaux mots en espérant que tout le monde trouve son compte ! Mais, je suis conscient que ça pourrait aussi aggraver les choses ;-)

Le chaos évoque pour certains l’idée de perte de contrôle, d’anarchie et pour d’autres l’idée de créativité, d’innovation, d’initiatives. Qui a raison ? Et bien… tout le monde !!

Le côté obscur du chaos, c’est le désordre. Le côté positif du chaos, c’est l’agilité.

Quand on laisse le chaos suivre sa propre dynamique, il mène au désordre. Quand on organise le chaos, il permet d’être agile.

Comment organiser le chaos ? Est-ce possible ? Oui, il y a des techniques et des processus pour cela. Mais, ce n’est pas l’objet de ce billet de les présenter en détail. Il y a des méthodes de réflexion collective comme la méthode des 6 chapeaux ou celle de Synergy4 fondées sur le coaching collectif. Il y a l’incontournable brainstorming (remue-méninges) qui est une démarche pour organiser le chaos de la création collective. Il y a aussi des processus et des technologies décrits dans la littérature sur le sujet.

Alors, il me semble important de créer deux expressions : le “Chaos-Désordre” et le “Chaos-Agile” parce qu’on doit à la fois continuer à avoir peur du chaos et en même temps, nous avons plus que jamais besoin de lui !

Deux attitudes possibles :

1ère attitude : “J’ai peur du chaos”

Le résultat que chacun vit au quotidien, c’est que le chef qui décide tout seul dans son bureau parce qu’il a peur que la réflexion collective crée des frustrations s’il ne tient pas compte des consensus ou l’oblige à une décision collective (ce qui est faux). En fait, le pire n’est pas de voir son idée rejetée. Le pire, c’est de ne pas être écouté.

Le résultat, ce sont aussi des réunions en mode de pensée balistique : tuer le plus d’idées possibles pour imposer les miennes. Ce sont les bavards (en général les experts, les leaders d’opinion) qui monopolisent la parole pour réduire le temps de parole des personnes qui pourraient potentiellement ne pas être d’accord avec eux. Ce sont les timides, les introvertis, les candides qui se taisent. C’est le ping-pong verbal pour avoir le dernier mot. C’est l’énergie qu’on met pour attendre un silence où on pourra s’exprimer le plus vite possible avant d’être coupé au lieu de l’énergie qu’on pourrait mettre à s’écouter et à co-construire. C’est la manipulation du chef qui organise une réunion pour expliquer SA décision sous couvert d’une réflexion collective.

Au lieu d’une décision solitaire du chef éclairée par l’intelligence collective, on donne des ordres mal ajustés à la réalité du terrain… puis, en cours de route, on réalise son erreur et on donne des contre-ordres… et finalement du désordre (notre fameux Chaos-Désordre). Un exemple : les organisations qui se réorganisent sans arrêt !

2ème attitude : “J’organise le chaos”

Chacun de nous peut prendre la parole et la garder sans avoir à se battre. On écoute avant de parler. On construit sur les idées des autres. On respecte les idées divergentes… mieux, on les encourage en recherchant la diversité des points de vue. On veut, on sait et on peut apporter une contribution à la performance collective en dehors de ses objectifs individuels.

Le résultat est la créativité, l’innovation, l’esprit d’initiative, un meilleur climat social, plus de motivation et au final une organisation agile qui s’adapte rapidement au changement de son environnement.

MAIS… le chaos fait peur ! Alors… on n’organise pas le chaos : on l’opprime… et… vous connaissez la suite… puisque c’est ce qui précède dans le point 1 ;-)

Et puis, il est difficile de croire que le processus en entonnoir du brainstorming puisse aider à organiser le chaos pour produire des idées nouvelles. C’est trop simple pour être vrai ! Il en va de même pour les processus de réflexion collective.

Peut-être que la création d’un poste de “directeur du chaos” aiderait à ce changement et surtout permettrait de bien faire la différence entre le Chaos-Désordre et le Chaos-Agile. J’ai publié un billet sur ce point…

En conclusion, je ne compte pas faire du marketing terminologique en abandonnant le mot chaos pour faire plaisir à tout le monde. Le chaos, ce n’est pas juste un mot. Tout comme l’intelligence collective, c’est une vision du monde, une culture, un paradigme, un changement,… c’est logique de ne pas faire l’unanimité.

Qu’en pensez-vous ?

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22 Responses to “Du Chaos-Désordre au Chaos-Agile”

  1. Bonjour Olivier,
    Cette explication apporte la lumière, mais je ne peux m’empêcher de penser que tu vas loin avec ta proposition de créer un poste de “directeur du chaos”.

  2. L’idée de séparer la notion de chaos en 2 termes est bonne puisqu’il y a bien 2 aspects du chaos dans l’organisation d’une entreprise (maîtrisé ou non). On pourrait aller en plus dans le cas de la 2è attitude en disant qu’en plus de l’organiser, le chaos est volontairement créé par l’entreprise. En lien avec le message de Jean-Claude Dussaucy. Le rôle d’un chaos manager est bien de créer du désordre et de remettre en cause les structures, les idées… pour favoriser l’innovation. La société DPR est également un bon exemple, bien que ce poste se soit en effet développer avec l’émergence des sociétés de nouvelles technologies comme Google.
    Cela sera peut-être développé dans le prochain billet mais, du coup, il me semble qu’on voit bien que le rôle de l’entreprise va être de trouver le juste milieu entre vouloir tout contrôler, même le chaos (ce qui est illusoire), et prendre les décisions en fonction des aléas.
    Le manager d’aujourd’hui va donc devoir intégrer une nouvelle notion dans ses processus de décisions.

    • Merci Geoffrey ! Société DPR ?
      2 remarques :
      – Tu parles de créer le chaos. De mon côté, je dis dans le billet que le chaos existe déjà. Si on l’organise, cela produit de l’intelligence collective (et ses dérivés). Si on ne l’organise pas, c’est le désordre. D’où les deux expressions.
      – Effectivement, le chaos n’est pas contrôlable sinon ce ne serait plus du chaos. Quand j’anime des réunions de réflexion collective, je n’ai pas la moindre idée de ce qui va en sortir. C’est un peu stressant quand ton levier psychologique est “garder le contrôle” de la situation. La plupart des consultants (que j’ai observé en action) animent des groupes de travail de manière très dirigistes et structurantes parce qu’ils ne savent pas organiser le chaos. Alors, comme les entreprises, ils l’oppriment, recadrant sans cesse les participants vers ce qu’ils pensent être le produit de sortie… qui justifiera leurs honoraires. Dans ce cadre, le temps de la réflexion est même une perte de temps. Pourtant, on dit bien qu’il faut réfléchir avant d’agir ;-)
      Quand le chaos est organisé (et non contrôlé), cela produit toujours des résultats bien au-delà de ce qu’on pouvait espérer. Bien sûr, on n’organise pas toujours le chaos à son optimum surtout quand on ne connaît pas les techniques ou qu’on ne les maîtrise pas bien (phase d’apprentissage comme pour tout). C’est pourquoi, il faut se former !

      • Oui le chaos existe déjà. Ce que je voulais dire, en employant le mot “créer”, c’est que le chaos manager va, pendant une période de stabilité, volontairement “ajouter” du chaos pour remettre en cause le système. Mais cela rejoins ce que tu dis, à savoir contrôler le chaos… agile (en tout cas dans ma tête ;)).
        Pour répondre à ton interrogation, la société DPR est une entreprise américaine de construction (à usage industriel). Sa culture interne est particulière, et est d’ailleurs reprise dans un article de T.Picq dans “Management et conjoncture sociale” n°615 (et oui, j’ai retrouvé la référence :)). Cela m’a particulièrement marqué puisque, justement, c’était la première fois où j’entendais parler de “chaos manager”.

        • @Geoffrey, voilà le billet sur le directeur du chaos :
          http://www.blog.axiopole.info/2011/12/09/chief-chaos-officer/
          Thierry Picq m’a envoyé l’article et me souvient maintenant que Pascal Baudry faisait des learning expedition chez eux !

          • Merci Olivier, je lirais cela prochainement et fournirais un retour. Cela date quand même, déçu de ne le voir que maintenant. Ce qui me rassure, c’est de voir que peu d’articles fûrent publiés depuis. Ce que je veux dire par la, c’est que je n’ai pas raté trop de choses ;)
            Il faut dire aussi que je suis maintenant expatrié alors je dois me faire a une nouvelle vie.
            Bon je cesse d’être HS!

      • Merci beaucoup Geoffrey pour la référence à DPR, je creuse…normal puisqu’il travaille dans le BTP !

  3. Le réductionnisme de la logique cartésienne tend comme d ‘habitude à séparé, divisé, Envisageons plutôt une vision plus complexe (au sens morinien) de l’organisation, ordre et chaos se complètent plus qu’ils ne s’opposent. On peut parler d’organisation “Chaordique”,ou se joignent plus que ne se disjoignent ordre et chaos.
    Rappelons nous dans la nature, les sciences, la société, l’économie, l’entreprise : le big bang, la destruction créatrice de Schumpeter, la serendipity, le chemin important plus que le but, l’incertitude, la logique flou, heisenberg et son principe d’incertitude, Gödel et l’indécidabilité, l’imprévisibilité des marchés, l’irrationnalité des acteurs…tout cela pour moi est de l’ordre du chaos… Dans ce sens le chaos devient la règle, la certitude elle devient l’exception.Tout système acquiert de l’entropie, un certain chaos… vers sa perte, charge aux acteurs de réguler, alimenter, équilibrer par la neguentropie (feed back positif en somme) le tout.
    Enfin de tout désordre apparent peuvent s’initier des émergences, des surgissements, fécond pour tous les domaines et notamment l’entreprise…

    Apprendre à bien penser pour agir dans l’écosystème monde et dans l’entreprise supposerait déjà de changer le logiciel de nos manières de penser, les grilles surannées de nombre de managers…
    Vaste débat…et vision du monde, paradigme etc que j’intègre conçoit partage…

    Je me méfie des notions de “contrôle” je préfère les termes de catalyseur ou animateur voir “accoucheur” de ce qui est bon dans le chaos…agile.

  4. Bravo et merci Olivier pour mettre de l’ordre dans nos idées en proposant ces 2 termes “chaos désordre” et “chaos agile”.
    Ne s’agit il pas d’un processus ? “chaos désordre” d’abord lorsqu’on interagit avec les autres et que l’on découvre d’autres façons de se représenter la réalité. “chaos agile” ensuite lorsque, confronté à l’environnement et à la nécessité du mouvement, on se décide à l’action.
    Qu’il s’agisse de mouvement brownien, de développement cellulaire ou bien d’entreprise ce processus- avec tes 2 chaos – constitue pour moi le processus de base qui permet de passer du désordre à l’échelle microscopique vers une forme d’ordre à l’échelle macroscopique.

    • @Benoit

      Un processus ? Intéressant comme idée, il faut que je réfléchisse, c’est un peu le chaos dans ma tête… Vas-tu me mettre KO avec ce commentaire ? ;-)

      Bon,…allez, je me lance quand même :
      Oui, un processus dans le sens où l’existant est plutôt le chaos-désordre et qu’on doit travailler pour aller vers le chaos-agile. De ce point de vue, je dirais que la matrice AXIO (cf. mon livre MIC) est le processus qui conduit du chaos-désordre vers le chaos-agile puis du chaos-agile vers… l’Ordre pour la partie mise en oeuvre et action. Et là, j’aime beaucoup ton : “désordre à l’échelle microscopique vers une forme d’ordre à l’échelle macroscopique.” >>> j’adhère à 100%, je remplacerais simplement “désordre” par “chaos” au sens meta. Normal puisque le chaos relève de l’individu, il est donc par nature micro. Tandis que l’ordre relève de l’institution, il est donc plutôt macro.

      …. à creuser !!!

  5. […] Du Chaos-Désordre au Chaos-Agile […]

  6. […] le “Chaos-Désordre” et le “Chaos-Agile” parce qu’on doit à la fois continuer à avoir peur du chaos et en même temps, nous avons plus que jamais besoin de lui ! Le chaos, ce n’est pas juste un mot. Tout comme l’intelligence collective, c’est une vision du monde, une culture, un paradigme, un changement,… c’est logique de ne pas faire l’unanimité.  […]

  7. […] L’organisation paradoxale cherche à articuler efficacement le hiérarchique et le 2.0 plutôt qu’à les confronter ou les fusionner. Votre RSE ne décollera pas dans sa dimension 2.0 si vous n’avez pas une stratégie pour structurer la logique Chaos de votre organisation. J’ai dit “structurer” et non “créer” parce que la logique Chaos existe déjà. Elle existait à la minute où l’entreprise a été créée. A vous de choisir maintenant, si vous préférez le chaos-désordre ou le chaos-agile. […]

  8. Si l’ordre et le chaos sont l’avers et le revers de la société alors votre “directeur du chaos” ou chef d’orchestre sont les politiques.
    Le problème du chaos en mode désordre et anarchie c’est la bascule possible voire probable vers la criminalité : sociétés organisées en clan, tribu etc cela donne des vies trépidantes au Mexique, Colombie etc… Pas sûr que l’intelligence collective par l’économie souterraine et les armes soit très attractive.

    De l’autre côté, les sociétés enkystées par des élites en reproduction “École Bourdieu” démontre que la participation, les idées du terrain, des citoyens sont très vite étouffées ou détournées.
    Ce que vous ne démontrez pas assez, ce sont les conditions favorables au chaos-agiles : moins de hiérarchie ? pas de hiérarchie ? Pas de mandats renouvelables ? comment faire pour éviter la paralysie, les sociétés occultes et les combats d’intérêts catégoriels ?

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