Territoire des experts Vs Territoire de l’intelligence collective

Les concepts de “compliqué” et de “complexe” permettent de délimiter deux territoires : celui des experts et celui de l’intelligence collective. Le compliqué est le territoire des experts. Le complexe est le territoire de l’intelligence collective.

Définition de « compliqué » : un problème / un sujet dont on peut venir à bout avec du temps et de l’expertise technique. On parle d’un système composé d’un grand nombre de sous-systèmes, eux-mêmes composés de sous-systèmes. Un avion ou un satellite est compliqué mais on peut le démonter et le remonter avec du temps et de l’expertise. Trouver une solution et prendre une décision face à un problème compliqué n’est pas difficile si on a de l’expertise et du temps.

Le problème vient quand un dirigeant / décideur pense être face à une situation compliquée alors qu’elle est… complexe !

Le compliqué est le territoire des experts.

Définition de « complexe » : un problème / un sujet qui implique plusieurs éléments de différentes natures (entités, personnes, technologies, …) lesquels sont en interaction. Parce qu’ils sont de nature différente (technique, psychologique, organique,…), bouger un des éléments du système fait bouger les autres sans qu’on puisse mesurer précisément comment le mouvement se fera et ce qui résultera de ce changement au global. On peut seulement constater le résultat après coup, donc par l’expérience.

Résoudre un problème complexe suppose d’identifier tous les éléments et d’essayer d’anticiper toutes les interactions possibles en fonction de la solution qu’on choisit. Le plus souvent, c’est très difficile… parfois impossible si c’est très complexe. On doit donc se résoudre à faire de la gestion des risques et accepter qu’on ne maîtrise pas tout. De ce fait, on associe la complexité à l’imprévisibilité parce qu’on ne contrôle jamais totalement les conséquences d’une décision sur un sujet complexe. Le corps humain est complexe, la mondialisation a rendu le monde complexe et de facto les stratégies d’entreprise deviennent aussi complexes que le monde ! Aucun dirigeant ne peut être sûr à 100% de la réussite de sa stratégie parce qu’une stratégie est un objet complexe.

La complexité implique donc une approche holistique (avoir une vision globale d’éléments de nature différente) et systémique (évaluer l’impact des interactions de tous ces éléments).

Le complexe est le territoire de l’intelligence collective.

Or aujourd’hui, les experts sont mis à contribution sur le compliqué et le complexe. Il n’y a qu’un seul territoire… celui des experts. Le territoire de l’intelligence collective est le lieu où l’on trouve des experts, des non-experts, des profanes et d’une manière générale de la diversité dans les savoirs et les intelligences, quelle que soit la position hiérarchique ou l’ancienneté ; c’est le lieu où l’on fait venir des visions, des intelligences, des savoirs à 360° parce que l’addition des prismes va rendre le problème / le sujet plus lisible aux yeux de tous.

Certes, nous avons besoin des experts sur le territoire de l’intelligence collective mais il ne faut surtout pas les laisser seuls ou les consulter un par un en entretien individuel. Il faut les mettre à une table et les confronter à une diversité d’intelligences dans des tours de table où ils sont à égalité avec les autres.

Bien entendu, cette proposition réduit la taille du territoire d’intervention des experts et ils n’ont pas intérêt à soutenir cette proposition. Par ailleurs, on peut imaginer que se retrouver à égalité autour d’une table alors qu’on a l’habitude d’être sur un piédestal est un gros changement… donc de grosses résistances en perspective.

Qu’en pensez-vous ?

Author: Olivier Zara

www.olivier-zara.com

18 thoughts on “Territoire des experts Vs Territoire de l’intelligence collective”

  1. Salut Olivier !

    Bien vu l’article : expliquer simplement, quelque chose de compliqué à mettre en œuvre pour résoudre une problématique complexe !

    Ma contribution d’illustration :

    > Ce qui va être compliqué : c’est de mettre autour de la table les experts et de connecter leur expertise autour d’une vision commune, partager une ambition déjà avant de partager la manière dont s’y prendre pour résoudre le problème complexe (ou même simplement compliqué :D)

    > Ce qui va être complexe : c’est déjà de dégager une vision commune sur une problématique, une ambition tant d’enjeux d’acteurs sont interconnectés et de “destins liés”, non pas autour d’un problème mais plutôt autour de la question “Quelle est et sera ma place demain et après demain dans cette “foutue complexité”…

    > Ce qui pourrait être si simple serait : si je bouge alors l’autre bouge… passer d’un monde de méfiance voire de défiance à un monde de confiance ! Si je gagne, alors l’autre p… heu… gagne !

    Aller… j’ose un dernier lyrisme… “I have a dream”… L’homme ferait un premier pas vers l’autre et lui-même pour que l’humanité puisse agir plus simplement et agilement dans la complexité !

  2. Edgar Morin a largement étudié la complexité, la différence compliqué/complexe. Un article rédigé sur ce sujet et les Transports : http://transportsdufutur.typepad.fr/blog/2011/04/m%C3%A9tanote-tdf-11-transports-mobilit%C3%A9s-introduction-%C3%A0-la-pens%C3%A9e-complexe.html

    Vous avez raison l’Intelligence Collective peut permettre de comprendre la complexité et de trouver des solutions. Voir ici : http://transportsdufutur.typepad.fr/blog/2011/09/transports-mobilit%C3%A9s-quelles-sont-les-5-innovations-qui-peuvent-changer-les-comportements-.html

  3. Le qualificatif “compliqué” ou “complexe” dépend du périmètre du système étudié. Or, celui-ci n’est pas univoque. Par exemple, un objet technique “compliqué” est souvent l’exemple retenu (ici, l’avion ou le satellite) pour un problème qui est “compliqué” mais pas insoluble par un travail d’expert. La conclusion logique qui semble s’imposer est donc que la fabrication de l’avion ou du satellite relève bien du travail d’expert – et donc pas de l’intelligence collective. Mais qu’en est-il si je m’inquiète des déchets électroniques produits par le satellite, dans l’espace ou sur le sol? Si pour moi l’augmentation du trafic aérien est un sujet? Si je considère la protection des données satellite comme un enjeu de protection de la vie privée? Alors, je change le périmètre de la question. Or, lorsque j’intègre ces enjeux, et d’autre, je peux vite me retrouver dans le cas d’un problème complexe ou l’intelligence collective est légitime. A l’opposé, si la pertinence de ce nouveau périmètre est nié, on retombe sur une approche technocratique. La construction des centrales nucléaires dans les années 70 relevaient-elle du travail d’expert? Seulement le réacteur? Ou s’arrête la limite? L’intelligence collective n’est-elle pas légitime dès la discussion du périmètre des enjeux?

    1. Entre compliqué et complexe, il y a une frontière grise. Dans ton exemple, je ne vois pas un problème compliqué qui est en fait complexe mais plutôt deux problèmes. Peut-être que ce sera la même personne qui aura la charge des deux problèmes ou peut-être pas. Peut-être qu’un problème sera en amont, au même moment ou en aval de l’autre… ou peut-être pas. Hors contexte, il est difficile de répondre et chaque manager est dans un contexte différent.

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