Qui sera le centième singe de l’intelligence collective ?

Ken Keyes Jr est l’auteur d’un livre qui s’intitule : “The Hundredth Monkey” (Le centième singe). Il s’agit d’une histoire vraie sur des singes japonais observés à l’état sauvage sur une période de 30 ans. Une jeune femelle prend un jour l’initiative de laver ses patates dans l’eau avant de les manger. Elle fut ensuite imitée par d’autres singes et au centième singe….un miracle se produisit.
Le phénomène du centième singe peut se résumer ainsi : quand un certain nombre de personnes prennent conscience de quelque chose, tout le monde en prend conscience.

L’auteur a dédicacé son livre d’une manière originale : “Ce livre est dedicacé aux dinosaures, qui en silence nous ont montré que les espèces qui ne s’adaptent pas aux changements de leur environnement ….disparaîssent”. Etant donné que personne n’a envie de faire partie du Club des dinosaures, nous pourrions anticiper le problème en créant le Club des Singes de l’intelligence collective avec en activité principale : corvée de patates… !

Je vous recommande la lecture de l’article “Le centième singe ou comment va se jouer l’avenir de l’Humanité.” publié le 14 janvier 2005, par Aigle Royal

Voir aussi :
Le site du livre “The Hundredth Monkey”

Mise à jour le 26 mai 2010 avec cette vidéo :

Y a-t-il un monopole implicite de l’intelligence ?

Voici ce que Norbert Bolz, philosophe allemand spécialiste des médias a écrit en août 2006 au sujet des nouveaux médias comme les blogs : « Les nouveaux médias offrent un nouveau terrain à l’exhibitionnisme facile… Les barrières de la pudeur tombent… Sur Internet, c’est l’opinion de toutes sortes de personnes qui prévaut, dont très peu sont des experts… Les gens deviennent de plus en plus des idiotae – comme disait au Moyen Age Nikolaus von Kues [1401-1464, cardinal allemand et grand esprit] –, ils se contentent de leur opinion et n’écoutent pas les lettrés. »

Les blogs ouvriraient donc la voie selon lui à l’ochlocratie, c’est-à-dire un gouvernement par la foule (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Ochlocratie ).

Je suis bien sûr consterné par ce texte qui laisse penser que les intellectuels se sentent menacés par les technologies de l’information en général, et les blogs en particulier. C’est leur monopole de l’intelligence qui disparaît progressivement.

A mon avis, Norbert Bolz souhaite maintenir l’état actuel du monde qui repose sur 2 principes :
– il faut des idiots pour que les intellectuels existent
– il faut beaucoup d’idiots, qui deviennent la masse, pour que les intellectuels deviennent l’élite. Etre un intellectuel permet ainsi de faire partie d’une élite qui monopolise le droit à l’intelligence.

A l’inverse, si on reconnaît le principe d’une diversité d’intelligences, si on pense que chacun apporte une valeur ajoutée à sa manière dans ce qu’il fait ou ce qu’il dit, si on admet que chacun à des forces et des faiblesses tant au niveau de ses connaissances que de ses intelligences, alors tout le monde devient plus ou moins intellectuel et l’élite n’est plus une élite ! La pyramide hiérarchique qui irrigue nos cultures s’effondre et laisse place à la transversalité (fonctionnement en mode projet, décloisonnement des modes de communication et de collaboration,…) et au management de l’intelligence collective, qui ne remet pas en cause la répartition du pouvoir mais son exercice. L’objectif du management de l’intelligence collective n’est pas de donner un pouvoir égal à tous, mais d’inciter ceux qui ont le pouvoir à mobiliser toutes les intelligences et les connaissances de chacun.

Dans la même logique, la revue “Sciences Humaines” a publié un dossier sur l’intelligence collective dans le numéro 169 de mars 2006. Ce dossier titre “Intelligence collective, mythe et réalité” et on s’attend donc à trouver des contenus équilibrés entre le mythe et la réalite. Mais, à l’exception de l’article de Dominique Cardon sur l’innovation collective, les articles proposés cherchent à démontrer que c’est un mythe. Pour 1 contenu favorable à l’intelligence collective, on trouve 10 réserves ou arguments défavorables. L’article “Prend-on de meilleures décisions à plusieurs ?” de Christian Morel montre que les décisions collectives peuvent conduire à des catastrophes en oubliant de dire que les décisions individuelles en créent probablement encore bien plus. A la fin de l’article, on ne sait plus très bien ce qu’il faut retenir, sauf peut-être qu’une erreur individuelle est moins grave qu’une erreur collective ! On nous parle bien de “réflexion à plusieurs”, mais pour mieux créer la confusion entre “prise de décision” et “réflexion menant à la décision” (la réflexion pouvant être collective et la décision solitaire).

L’intelligence collective semble donc être perçue par les experts, universitaires ou intellectuels comme une menace. L’intelligence, c’est quand même leur fond de commerce ! Mais, les attaques sont souvent implicites, sournoises, cherchant à semer le doute et la confusion, car si elles devaient devenir explicites, alors il faudrait répondre à cette question : si l’intelligence collective est un mythe, est-ce que cela signifie que la connerie collective est une réalité ?

La guerre des talents a commencé

Dans la conclusion de mon livre, j’ai évoqué l’émergence d’une nouvelle culture fondée sur la coopération, l’intelligence collective, la transversalité, … qui rassemble beaucoup de Créatifs Culturels : “Cette culture émergente est liée à l’ère Création – Communication qui fonde une société de l’information, du savoir. Cette culture transcende les âges et favorise les coopérations intellectuelles. Demain, les entreprises, qui n’auront pas su s’adapter à cette culture, auront le plus grand mal à recruter et à fidéliser. La guerre des talents se jouera en partie sur la convergence entre les valeurs attendues par la majorité des personnes et les valeurs proposées par les entreprises. Intégrer ou quitter une entreprise se fera demain plus qu’aujourd’hui sur un fondement culturel. ”

Je trouve une première démonstration de cette prédiction dans un billet de Techcrunch au sujet de la guerre (des talents ?) entre Google vs Microsoft et Yahoo :

“La récente acquisition de YouTube par Google est l’un des épisodes parmi d’autres qui amènent beaucoup de gens à se demander si Microsoft et Yahoo peuvent encore tenir tête à Google. Google bénéficie pour le moment d’une bonne image – les sociétés préfèrent être acquises par eux (News Corp avait envoyé une lettre à Youtube qui n’a jamais trouvé de réponse) et les gens préfèrent travailler pour eux (Google a récemment débauché de CTO de Yahoo Inde)”

Un nouveau livre vient de sortir aux éditions MM2 : “Révolution du management : Modèle Google” de Bernard Girard

Voici la présentation de l’éditeur qui explique indirectement pourquoi beaucoup de gens préfèrent Google : “Depuis 1998, Google innove avec succès au niveau technologique, ce qui est bien connu, mais également dans ses pratiques de management, ce qui l’est beaucoup moins. Ce livre dévoile, en première mondiale, ces nouvelles méthodes de management du 21ème siècle qui révolutionnent aussi bien le marketing que les ressources humaines, l’organisation comme la technologie.”

Est-ce que Google est l’entreprise intelligente qui valorise le potentiel et l’intelligence de tous ? Google est-elle une entreprise innovante aussi bien socialement que technologiquement ?